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INTERVIEW. « Les élus niçois emploient trop les membres de leurs familles »: Anticor fait 30 propositions pour plus d’éthique

Anticor, ONG de lutte contre la corruption, invite les candidats aux élections municipales à intégrer dans leur programme tout ou une partie de ses « 30 propositions pour des communes plus éthiques ». Parmi elles, la création d’une commission avec des citoyens tirés au sort, plus d' »open-data » ou encore la publication de la rémunération des élus. Entretien avec le président de l’association, Jean-Christophe Picard.

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RIVIERACTU MAGAZINE. Sur ces trente idées, quelles seraient, selon vous, les plus urgentes?

JEAN-CHRISTOPHE PICARD : D’abord, il faut plus de transparence, c’est pour cela que l’on propose davantage d’open-data. Les citoyens ont trop de difficultés pour accéder à certaines données. Les budgets, les délibérations, les compte-rendus de réunions, les avantages des élus : tout ça devrait être mis à disposition de façon simple, sans avoir à saisir quelque administration que ce soit.

Il faut aussi davantage d’information publique sur la formation des conseillers municipaux et sur les dépenses liées aux frais de bouche et à la communication.

Quelle est la situation de l’éthique à Nice?

J-C. P. : On est dans une situation où Philippe Pradal, le premier adjoint de Christian Estrosi, a été condamné pour prise illégale d’intérêts. Pourtant, il avait signé en 2013 une charte relative à l’éthique dans l’action publique. Il s’était engagé à démissionner en cas de mise en cause… On voit bien que ça n’est pas le cas.

A Nice, on a aussi un problème avec les recrutements familiaux.

On a une vingtaine de cas où des conseillers municipaux recrutent des proches, par exemple. On a aussi des dépenses suspectes sur certains déplacements. Plus de transparence éviterait ce genre d’abus.

Vous proposez que la protection fonctionnelle soit étendue aux élus de l’opposition.

J-C. P. : Aujourd’hui, si vous n’avez pas de délégation, vous ne bénéficiez pas de cette protection qui permet, notamment, de payer ses frais d’avocat en cas de mis en cause, en matière de diffamation par exemple. Difficile dans ce cas là pour un élu minoritaire de dénoncer telle ou telle problématique, ce qu’il doit pourtant faire dans l’intérêt de la collectivité.

En quoi la publication de la rémunération des élus, que vous proposez, est-elle importante?

J-C. P. : C’est une des bases de la transparence, ils sont payés avec l’argent des citoyens. Il y a des tableaux qui encadrent les indemnités des élus mais il est, dans le meilleur des cas, en annexe d’une délibération qu’il faut réussir à récupérer.

Que proposez-vous pour que ces sujets soient contrôlés au quotidien dans les collectivités?

J-C. P. : La nomination d’un « référent alerte éthique » est une obligation légale, mais comme il n’y a pas de sanction quand on ne le fait pas, il y a moins de 9% des communes qui en ont un. Ça n’est pas normal.

Nous proposons également la création d’une commission chargée de contrôler le respect des règles déontologiques. Elle serait composée d’élus minoritaires, souvent mis de côté sur ces questions, et de citoyens tirés au sort.

— Retrouvez l’ensemble des propositions d’Anticor sur son site internet

Propos recueillis par Clément Avarguès le 25/10/19

Diplômé de l'EDJ Nice, promotion Marc-Olivier Fogiel (journalisme/informations générales). Enquêtes et articles société chez Nice-Matin, Var-matin et Monaco-matin 2018-2019. Commentateur invité chez L'Obs de 2014 à 2016 (extrême-droite, médias). Contact: clement@rivieractu.com

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INTERVIEW. Patrick Allemand (PS): « Estrosi sort la matraque, moi je dis: on dialogue »

Patrick Allemand est candidat à la mairie de Nice pour la troisième fois. La défection des écolos a fait fondre les espoirs d’une gauche plurielle et certains des siens ont quitté le navire. Environnement, culture, islam, sécurité : le patron de l’opposition municipale ouvre de nouvelles perspectives. Entretien sans langue de bois.

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Photo : Hadrien Acaldi pour Rivieractu

RIVIERACTU MAGAZINE : La primaire du PS qui doit désigner le candidat de la gauche aux municipales devait se dérouler début octobre. La gauche semble plus désunie que jamais. De l’extérieur, la situation a l’air confuse…

PATRICK ALLEMAND : Ça n’est guère moins confus de l’intérieur ! La stratégie arrêtée était de faire une union de la gauche, avec les écolos notamment. On sait depuis ce week-end que ça ne se fera pas.

C’est regrettable, mais je suis sur un schéma plus original. Je pense que les électeurs ne sont plus sensibles aux alliances de circonstance. C’est pour ça que j’ai créé ma plateforme « Nice au coeur », qui a nourri ma réflexion depuis plusieurs mois et qui dépasse les appareils politiques.

Les électeurs de gauche n’ont pas disparu. C’est juste que ce qu’on leur proposait hier ne leur correspond plus aujourd’hui.

Vous êtes candidat à la candidature, quand se déroulera cette primaire ?

P.A. : Je suis sensible au soutien du PS. Je me présenterai peut-être avec ma plateforme. Pour ce qui est de la primaire, nous n’avons pas de date.

Où en est l’union de la gauche ? Xavier Garcia, premier secrétaire du PS 06, vous soutient-il, comme cela a été annoncé dans un premier temps en début de semaine ?

P.A. : Pour l’union de la gauche, je n’ai rien de plus à dire que vous ne savez déjà. Certains travaillent dans le bon sens et sont de bonne volonté. On verra.

Pour ce qui est de Garcia, je ne l’ai pas eu au téléphone, ni pour dire qu’il me soutenait, ni pour me dire qu’il ne le ferait pas.

Vous avez dit de lui, avec qui vous avez travaillé pendant 15 ans, qu’il ne pouvait pas vous trahir : « Je ne suis pas Hollande et il n’est pas Macron. La loyauté en politique, ça existe… »

P.A. : Je me suis trompé ! Ça arrive. (rires) Il a été candidat, il ne l’est plus. Moi, si.

C’est mon « fils politique ». La vie publique est faite d’aléas, il a fait une erreur. Mais je lui tendrai la main si il veut de nouveau travailler avec moi. Je ne suis pas dans la logique d’ouvrir un front au PS.

Que répondez-vous à ceux qui disent que vous avez fait votre temps ?

P.A. : Il faut écouter l’avis des Niçois ! Je ne suis pas là pour faire le combat de trop…

Mais comment trouver la force de vous présenter dans ce contexte de divisions, alors que vous avez déjà perdu en 2008 et en 2014 ?

P.A. : C’est une question de mental. Il y a un troisième combat à mener contre Christian Estrosi.

De toute façon, si je suis battu cette fois-ci, je ne gagnerai plus. C’est mon dernier combat.

INTERVIEW. Patrick Allemand (PS): "Estrosi sort la matraque, moi je dis: on dialogue" Photo : Hadrien Acaldi pour Rivieractu

Comment mettre en avant une vision politique alternative quand le bilan du maire sortant est approuvé par 79% des Niçois, toutes sensibilités politiques confondues ?

P.A. : Les sondages ne se trompent pas beaucoup. Si près de 80% des gens sont satisfaits, c’est qu’il y a aussi des électeurs de gauche parmi eux. Mais ça ne veut pas dire qu’ils vont voter pour lui.

Son bilan est contrasté. Quand on connaît bien la ville, on voit bien qu’il n’est pas si bon que ça. C’est en trompe-l’oeil.

Éric Ciotti ne sera visiblement pas candidat, les sondages donnent le maire sortant gagnant dès le premier tour. L’élection est-elle jouée d’avance ?

P.A. : On disait la même chose en 2008 et en 2014 ! Et Estrosi n’a jamais été élu au premier tour. Une élection, ça n’est jamais joué d’avance.

« Ceux qui succèderont à Estrosi vont trouver une situation épouvantable »

À quoi êtes-vous le plus opposé ?

P.A. : Il y a un travail incontestable d’embellissement de la ville, la rénovation de la place Garibaldi, et cætera. Mais il y a des choix qui posent davantage question.

Pour la nouvelle ligne du tram, le choix de faire un souterrain, ça nous a coûté un milliard ! Le fric qu’on place là, on ne le consacre pas à d’autres choses…

Philippe Pradal (le premier adjoint, NDLR) appelle ça la « gestion dynamique », mais la vérité c’est qu’on a vendu plusieurs millions d’euros du patrimoine de Nice ! Heureusement, on a sauvé la villa Paradisio qui a quand même failli finir sur Le Bon Coin!

Malgré cela, on est à deux milliards de dette. Ceux qui succèderont à Estrosi vont trouver une situation épouvantable.

Le parti communiste dénonce la « ségrégation urbaine » qui existerait à Nice.

P.A. : C’est le cas. Mais je préfère parler de lutte pour l’égalité territoriale.

On s’est donc battu, avec l’opposition municipale, pour qu’il soit décidé que le tram aille jusqu’à l’Ariane, par exemple.

Il faut aussi parler de l’énorme déficit de logements sociaux à Nice. Il n’y en a que 12%, alors que la loi en impose 20% et que 70% des Niçois y sont éligibles. On est en plus dans une ville où il y a des contrastes sociaux très violents.

« Les Niçois savent d’où vient Philippe Vardon »

Vous parlez beaucoup du « risque » de la disparition de la gauche au conseil municipal. Mais à quoi ressemblerait une opposition uniquement représentée par le Rassemblement national (RN) de Philippe Vardon ?

P.A. : La conséquence politique serait catastrophique. Il n’y aurait plus personne pour parler de ceux qui ont besoin qu’on s’occupe d’eux. Beaucoup de thématiques ne seraient plus mises en avant, comme les transports et l’enclavement dont on parlait à l’instant.

Cela dit, Vardon n’est pas le candidat que l’extrême-droite espérait. Et les Niçois, ils ont bonne mémoire. Ils savent d’où il vient. Il fait une grosse campagne, il est très présent : mais il n’imprime pas.

INTERVIEW. Patrick Allemand (PS): "Estrosi sort la matraque, moi je dis: on dialogue" Hadrien Acaldi pour Rivieractu
Photo : Hadrien Acaldi pour Rivieractu

SON BILAN

Que devrait-on retenir de votre action sur la mandature qui s’achève?

P.A. : J’ai essayé de changer la manière d’être dans l’opposition.

Christian Estrosi, c’est avant tout un communiquant. Face à cela, si on s’oppose à lui dès qu’il propose quelque chose — alors que tous les jours il pond un truc — il va nous bouffer… Ce qui est complexe, c’est qu’il faut répondre à ce qu’il propose tout en faisant avancer nos thèmes.

On a sauvé la villa Paradisio, obtenu le changement de la tarification dans les cantines scolaires pour soutenir les familles les plus précaires, l’extension de la ligne 1 du tram, l’élargissement de l’indemnisation des commerçants sur le tracé de la ligne 2, la gratuité pour les handicapés au Carnaval, le fonds pour soutenir les associations sur les coûts liés à la sécurité…

SES PROPOSITIONS

« L’aéroport de Nice est en fin de croissance: il doit se tourner vers l’international »

Sur quels axes principaux votre campagne va-t-elle s’orienter?

P.A. : La question du logement, les transports publics, l’environnement et la culture.

En matière d’environnement, je veux soutenir les cultures dans la plaine du Var, et développer l’énergie solaire là où la terre n’est pas viable.

On doit exiger que les bâtiments publics soient plus éco-responsables. Sur les toits plats, on devrait mettre des panneaux photo-voltaïques, ou des jardins partagés.

Je veux aussi sanctuariser les terres agricoles au dessus de Saint-Isidore. Au dessous, c’est trop tard. On a fait un tram, ça n’est pas pour aller desservir des champs de blettes.

L’aéroport de Nice est en fin de croissance, il faut comprendre ça. On doit accélérer les travaux de la nouvelle ligne ferroviaire pour desservir les autres métropoles. Un Nice-Lyon en avion, c’est incongru ! Il faut que notre aéroport soit plus centré sur l’international.

Sur la culture et le social, je ferai un grand « plan théâtre », orienté, dans les quartiers notamment, vers les jeunes et les femmes.

Il faut aussi penser à la solidarité inter-générationnelle, développer le maintien à domicile. 30% des gens ici ont plus de 65 ans. On doit donc parler des questions de dépendance et d’isolement, c’est un vrai sujet. Je veux construire à ce niveau là une ville plus solidaire.

« Je ne mettrai pas plus de moyens pour la sécurité »

Et sur les questions de sécurité ?

P.A. : Je ne vois pas ce qu’on peut faire de plus.

On peut faire mieux niveau sécurité, sans ajouter des moyens. Il y a plus de 2.500 caméras en ville, c’est un total absolument démentiel, c’est supérieur à tout ce qui existe ailleurs en France.

Je ne ferai pas ma campagne sur la sécurité.

Si je suis élu, je n’augmenterai pas son budget. Il faut remettre les choses à plat, pour trouver comment être plus efficaces avec les bons outils que l’on a déjà. Peut-être qu’il faut davantage déployer de policiers la nuit que le jour, par exemple.

QUESTIONS DE SOCIÉTÉ

« Je veux que les Niçois musulmans se sentent aimés »

On dit parfois que la gauche s’exprime moins, ou serait moins audible, sur les questions de sécurité, de terrorisme, et notamment de lutte contre l’islam radical.

P.A. : Regardez à Nice l’épisode de la mosquée En-Nour. On a accusé ces gens d’être des représentants de l’islam radical.

Aujourd’hui ça fait deux ans que cette mosquée est ouverte, il n’y a jamais eu un seul problème, malgré un acharnement judiciaire forcené du maire de Nice. La collectivité a dépensé plus de 40.000 euros en frais d’avocats !

Evidemment que l’islam radical est un vrai problème qui touche à la sécurité des personnes. Mais il faut aussi que chacun comprenne que ça ne relève pas du maire de Nice.

Cela étant dit, il peut agir notamment sur le terrain de la prévention. Je veux faire un maximum pour que les musulmans qui vivent dans cette ville se sentent intégrés, respectés, et aimés.

Souvent, la radicalisation naît d’un sentiment d’exclusion sociale. Il faut travailler là-dessus.

Les Niçois musulmans n’ont pas beaucoup de mosquées où aller, et le peu qui sont ouvertes sont parfois dans un état discutable…

P.A. : Une mosquée, c’est une sécurité. Le danger, c’est l’islam des caves, qui, lui, porte les germes de la radicalisation parce que les textes n’y sont pas expliqués correctement.

Le seul fait de ne pas avoir de lieux de culte décent, c’est humiliant. Il faut étudier les choses pour savoir si à Nice il y a assez de mosquées, puisqu’il y a 80.000 Niçois de confession musulmane.

« Chacun doit pouvoir pratiquer sa religion en toute liberté »

On parle beaucoup de laïcité dans l’actualité ces dernières semaines, notamment après l’affaire de la maman voilée prise à partie au conseil régional de Bourgogne. Quelle est votre position à ce sujet?

P.A. : Par exemple, pour parler de laïcité, on ne peut pas enlever aux Niçois le Voeu. C’est une tradition, ça correspond à un moment historique. Il y a des fêtes patronales dans tous les villages.

Il n’y a pas de religion d’État en France. Chacun doit pouvoir pratiquer sa religion en toute liberté, point barre.

Pour revenir à votre question, il est impensable d’empêcher les femmes de porter le voile dans la rue.

Mais le maire, c’est un élu local. Quand on a une ville de 350.000 habitants à gérer, on a autre chose à faire que d’aller s’occuper de ce qui se passe au niveau national.

« J’aurais convoqué les supporters après l’affaire des banderoles homophobes »

Il y a eu une vive polémique à la fin de l’été après le match OGC Nice-OM, pendant lequel des banderoles dites homophobes ont été déployées dans les tribunes. Les élus se sont faits discrets pendant cet épisode. Comment se serait positionné le maire Patrick Allemand ?

P.A. : Il ne faut pas caricaturer. J’aime le foot, je vais au stade depuis tout gamin. J’ai toujours entendu des insultes homophobes. Si la question se pose différemment aujourd’hui, c’est qu’on a changé d’époque, les supporters sont tout à fait en mesure de le comprendre…

C’est peut-être une question de courage politique. Le foot est structurant dans la culture niçoise, difficile d’aller à contre courant. Xavier Garcia a tweeté à ce moment-là qu’il fallait plutôt s’intéresser au mondial 2022 au Qatar. Facile, non ?

P.A. : Bon, moi j’aurais convoqué les supporters.

Le rôle d’un maire c’est de dissiper les foyers de tension dans sa ville. Il aurait fallu une table ronde, qu’on mette les choses à plat et qu’on trouve des solutions ensemble. Sans oublier que des comportements homophobes, il n’y en a pas que dans les stades.

D’une manière générale, et cela illustre nos différences, quand il y a un problème, Estrosi dit « je sors la matraque ». Moi je dis, « on dialogue ».

— Propos recueillis par Clément Avarguès le 24/10/19. Photos : Hadrien Acaldi pour Rivieractu

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Environnement

INTERVIEW. Fouzia Ayoub (PS): «À Nice, on s’attaque trop souvent aux pauvres plutôt qu’à la pauvreté»

À la veille de la campagne pour l’élection municipale, la secrétaire générale du groupe Un Autre Avenir pour Nice (gauche) à la Ville et à la Métropole livre sa vision de la politique sociale, de la sécurité, de l’environnement et des autres enjeux majeurs qui occuperont le débat public dans les prochains mois. Bilan et perspectives.

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Enfant de la République, Fouzia Ayoub se bat notamment pour que les écoles de Nice garantissent davantage l'égalité des chances. Photo C.A.

C.A. : On devait savoir autour du 10 octobre le nom du candidat PS à la mairie. Ces dernières semaines, contre toute attente, on a appris que Xavier Garcia pourrait vouloir se présenter à la place de Patrick Allemand. Où en est le PS 06 ?

Fouzia Ayoub : Effectivement, on devait avoir un nom vers le 10 octobre. Dans certaines villes où ça se passe bien, les candidats PS pouvaient faire campagne dès cet été. À Nice, on n’a toujours pas commencé.

Aujourd’hui, nous n’avons pas de nouvelles informations à communiquer. C’est par Nice-Matin qu’on a appris que le PS à Paris pouvait nommer un candidat s’il n’y avait pas d’entente ici ! Les militants seraient très mécontents de ne pas pouvoir faire ce choix par eux-mêmes.

« Les pauvres on les veut bien, mais pas dans le centre-ville »

Faisons un rapide bilan de votre action. Quelles sont les 3 choses que les électeurs peuvent retenir de l’action d’Un autre Avenir pour Nice pendant cette mandature ?

On peut retenir la cantine à 1 euro. Cette initiative a permis de proposer plus de tranches de prix de repas pour représenter davantage la diversité des situations et venir en aide aux plus fragiles.

On s’est battus pour ça. C’est un plus pour la justice sociale à Nice, dans un contexte de grande paupérisation.

C’est aussi notre groupe qui a dénoncé la politique de la Ville au moment de l’histoire de la fontaine de la place du Pin.

A Nice, les pauvres on les veut bien, mais pas dans le centre-ville. On nous dit que les fontaines sont accessibles dans les jardins publics. Certes, mais ils sont fermés la nuit !

Un Autre Avenir pour Nice a également créé un fonds pour répondre aux nouvelles règles de sécurité que l’on impose aux associations. Par exemple, la Fête du château, un vrai rendez-vous populaire qui fait partie de la tradition niçoise, n’aurait peut-être pas pu se faire cette année sans cette aide.

« On met trois bouts de pistes cyclables, c’est fait en dépit du bon sens! »

Quels devraient être les sujets majeurs de la campagne pour l’élection municipale ?

Le logement, les transports, le social et l’environnement.

Certains Niçois se sentent abandonnés. Aux Liserons, il n’y a pas assez de lignes de bus. C’est un quartier enclavé. Pour aller au travail, certains habitants doivent se lever très tôt et beaucoup marcher pour rejoindre les transports.

Il y a également de plus en plus de pauvres à Nice, c’est une réalité. On peut faire davantage.

C’est pour cela qu’on défend le petit déjeuner gratuit dans les établissements. C’est une vraie garantie pour l’égalité des chances. Je suis une enfant de la République, je sais tout ce que l’école peut et doit apporter aux enfants.

Christian Estrosi a pris conscience de la nécessité d’agir pour le social. C’est un républicain qui a redonné des moyens aux associations après l’ère Jacques Peyrat.

Mais comme souvent, il retombe vite dans la politique politicienne. Le renvoi de l’adjointe aux affaires sociale Joëlle Martinaux montre qu’il n’est parfois pas crédible dans son discours (elle était privée de cette délégation au moment du vote de sa démission, NDLR).

Les arrêtés anti-mendicité et l’affaire des fontaines donnent de mauvais signaux, c’est incompréhensible. Ici, on s’attaque trop souvent aux pauvres plutôt qu’à la pauvreté.

Enfin, on n’a pas assez pris conscience des enjeux environnementaux.

Prenez le vélo à Nice.

On met trois bouts de pistes cyclables, il n’y a pas de vrai réseau, c’est fait en dépit du bon sens ! C’est exactement la même chose pour la végétalisation. On met des rangées de verdure dans certaines rues sans penser à la circulation.

«Une autre vision de la sécurité»

On parle déjà beaucoup de sécurité à Nice, avant même le début de la campagne. Pensez-vous qu’il s’agisse d’un sujet que l’on doive autant traiter ?

C’est tout à fait personnel, mais je ne pense pas qu’il s’agisse d’un sujet majeur.

On n’oubliera évidemment jamais l’attentat de juillet 2016. Mais il aurait pu arriver partout. Christian Estrosi a été arrogant en affirmant quelques mois avant qu’une telle attaque était impensable à Nice. Quelle irresponsabilité… Il faut garder beaucoup d’humilité sur tous ces sujets complexes.

Déjà, sur le plan de la sécurité, on manque parfois de bon sens.

Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas de caméras de surveillance aux Liserons alors que la police dit que le quartier concentre une bonne part du trafic de drogue ? On est une « smart-city », on pourrait trouver l’équipement adéquat.

Il n’y a pas assez de policiers dans certains quartiers, en dehors des « actions coup-de-poing », et des commissariats qui ferment.

Beaucoup de gardiens d’immeubles ont quitté ces quartiers, alors qu’ils avaient souvent un vrai rôle de médiateurs. C’est ce genre de « garde-fous » qui nous manquent aujourd’hui.

La sécurité peut être réellement garantie par une autre vision que celle que l’on a actuellement.

Avec une politique plus sociale on pourrait solutionner beaucoup des problématiques auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui.

Vous avez souvent dit ces dernières années que le secteur des Liserons, que vous connaissez bien, cristallise les lacunes de Nice en matière de logement.

Par exemple, on a des charges dont le montant est en décalage total avec le service réellement fourni.

On a des rénovations superficielles. Certains ensembles datant des années 1960 n’ont jamais été repeints, et les rares qui l’ont été sont ceux dont la façade donne sur la ligne de tram, pour ne pas choquer ceux qui se rendent à l’hôpital Pasteur.

D’autre part, les réponses de Côte d’Azur Habitat à ces problématiques, quand il y en a, sont réellement incompréhensibles.

On parle surtout de ce quartier quand il y a des problèmes de délinquance ou de propreté. Que pensez-vous de son image ?

On pourrait davantage parler des initiatives positives qui existent. J’ai beaucoup d’affection pour ce quartier où j’ai vécu, et je n’abandonnerai jamais les gens qui y vivent.

On voit s’organiser là-bas des choses formidables.

Prenez les associations, qui font un vrai travail de terrain, notamment avec les enfants. Je pense à Galice 06 par exemple.

Les habitants se réapproprient leur quartier. Il y a des évènements, notamment sportifs, où tout le monde sort et se retrouve.

C’est dans ces occasions que l’on voit la population qu’on n’entend pas beaucoup mais qui est là et qui veut que les choses changent.

— Propos recueillis par Clément Avarguès le 30/09/19

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À la une

« L’épidémie de Sida n’est vraiment pas terminée à Nice », mais certains indicateurs permettent de rester optimistes

Deuxième métropole la plus touchée après Paris, Nice est sur tous les fronts pour combattre la transmission du virus du Sida. Après plusieurs années de hausse, différentes opérations ont permis d’obtenir des résultats très encourageants.

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Les initiatives contre la propagation du Sida se multiplient à Nice. A g. le spot Marshall, à d. la place Masséna. Photos/montage : Rivieractu

SANTÉ — Les initiatives contre la propagation du virus se multiplient à Nice. La situation y était il y a encore quelques années « particulièrement alarmante »: Santé Publique France classe notamment les Alpes-Maritimes comme le deuxième département le plus touché par l’épidémie.

« Nous ne sommes plus, depuis 2016, dans une situation où les chiffres grimpent fortement d’une année sur l’autre. Mais l’épidémie de VIH (l’infection qui peut s’aggraver et être ensuite considérée comme un Sida, NDLR) n’est vraiment pas terminée à Nice » explique Pascal Pugliese, spécialiste en infectiologie au CHU de Nice et coordinateur régional de la lutte contre la maladie.

La baisse des contaminations se poursuit

En 2018, le taux d’admissions dues à une infection au VIH avait diminué de 40% par rapport à l’année précédente dans la capitale azuréenne. « Nous attendons dans les prochaines semaines le rapport de Santé Publique France qui devrait confirmer nos remontées du terrain » développe le docteur Pugliese. « On devrait observer des chiffres stables qui nous rendent très optimistes, avec un nombre de nouveaux diagnostics en baisse ».

Pourquoi Nice est-elle une ville particulièrement touchée par la propagation du virus? Difficile de trouver une réponse simple. Les villes du pourtour méditerranéen sont concernées depuis de nombreuses années, dans des proportions plus modestes qu’en Ile-de-France.

D’une population infectée plutôt marginale (des toxicomanes, des travailleurs du sexe, puis plus tard, une part de la communauté LGBT+), on observe aujourd’hui une certaine variété dans les profils des patients.

Et pourquoi les gays ont l’air d’être plus concernés par le VIH ici que les hétéros? Peut-être parce qu’ils ont une sexualité plus ouverte, qu’ils connaissent dans leur vie plus de partenaires.

« On utilise aujourd’hui le terme HSH, hommes ayant des relations avec des hommes, pour être précis quand on répond à cette question » nous explique encore Pascal Pugliese. « Il y a une forme de politiquement correct ici qui veut éviter de stigmatiser ou de pointer du doigt telle ou telle communauté. Dans nos patients, on a des hommes en couple avec une femme à la ville, mais qui ont des relations avec des hommes de façon épisodique ». 

Différentes études affirment que la communauté gay niçoise serait plus touchée que celle des autres villes par la contamination au VIH.

Des opérations qui ont connu des résultats rapides

L’association AIDES a installé son troisième « spot » de dépistage gratuit (après Paris et Marseille) dans la capitale azuréenne en novembre 2018.

« Les résultats ont été rapides partout où nos structures ont été mises en place » affirme-t-on du côté de l’ONG. « Le virus est souvent transmis par des gens qui n’ont pas connaissance de leur statut sérologique. Il faut aller chercher ces personnes et les informer. Se protéger, c’est aussi protéger les autres ». 

Concrètement, au spot Marshall, vous avez accès à un dépistage rapide et gratuit, l’accès à la PrEP — médicament préventif remboursé par la Sécurité sociale qui empêche de se faire contaminer — et des consultations avec un médecin.

L’objectif de ce spot installé dans le centre-ville est notamment de pouvoir davantage interagir avec les lycéens et les étudiants. Les migrants font aussi partie des populations à risques qu’il faut accompagner.

En 2016, 23% des patients niçois demandaient un traitement alors qu’ils étaient déjà à un stade relativement avancé de l’infection.

L’urgence est donc à la prévention, et à l’information. De 25 à 30.000 Français seraient aujourd’hui porteurs du virus sans le savoir. Or plus tôt il est diagnostiqué et soigné, plus les traitements sont efficaces et bien supportés par le patient.

Un « vrai combat » de la ville de Nice

« On peut compter sur un réel engagement de la ville » souligne le docteur Pugliese, coordinateur régional de la lutte contre le virus. « Christian Estrosi s’est assuré que l’on puisse compter sur un vrai soutien financier qui nous permette d’agir, avec des moyens pour communiquer avec le public ».

« Le maire s’engage pour que la ville soit un exemple de solidarité et de bienveillance en termes de santé publique et que Nice soit un véritable territoire pilote qui apporte une contribution significative dans la lutte mondiale contre le VIH » fait-on savoir du côté de la municipalité, qui assure qu’« un tiers des subventions santé de la Ville de Nice est consacré à la lutte contre le VIH ».

D’autres initiatives d’ampleur sont mises en place en ce moment dans la capitale azuréenne. Depuis cet été, l’opération « Au labo sans ordo«  permet d’avoir accès sans frais et sans ordonnance à un test de dépistage du VIH dans tous les laboratoires d’analyses médicales des Alpes-Maritimes.

« On reste sur nos gardes » tempère le docteur Pugliese. « Malgré de beaux résultats, on doit continuer à se battre tous les jours pour atteindre l’objectif de zéro contamination d’ici à 2030. »

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