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Sécurité

Caméras à Nice : les contradictions de Christian Estrosi

Le maire a longtemps expliqué que la vidéoprotection pouvait éviter des crimes d’être commis… avant de changer (plus ou moins discrètement) d’avis, suivant les études de résultats sur la question

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Photo : DR/Ville

SÉCURITÉ — Christan Estrosi candidat et Christian Estrosi maire de Nice n’ont visiblement pas eu le temps de se concerter avant le débat de lundi soir chez Nice-Matin.

Comme l’ont relevé nos confrères du Monde, notre maire a dégainé ses accusations de « fake news » un peu trop vite contre Benoit Kandel (CNIP, DLF).

« Fake news » pas si fake

L’ancien premier adjoint de M. Estrosi reprochait à ce dernier d’accorder trop de confiance à son système de vidéo-protection : « Je me souviens d’une phrase terrible que (vous avez) prononcée en janvier 2015 après un terrible attentat à Paris (…): “Si vous aviez eu le même système de caméras que nous avons à Nice, les frères Kouachi n’auraient pas franchi trois carrefours.” Ça, c’est des phrases terribles, car on croit, grâce à la technologie, avoir réglé le problème. »

Prenant le micro pour réagir, le maire a dénoncé de « fausses informations. » Sauf qu’elles sont tout à fait exactes.

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Avant d’ajouter : « La réalité des caméras, c’est qu’on dit que c’est là pour empêcher, (mais) ce n’est pas là pour empêcher. C’est là pour élucider » défendant les interpellations rendues possibles.

C’est effectivement ce que disent un certain nombre d’études aujourd’hui : la vidéo-protection aide les enquêteurs à résoudre certaines enquêtes et les preuves apportées réjouissent les procureurs.

Nice caméras de surveillance

Illustration. Photo: Caleb Martin

Dans la réalité, elles ne permettent pas tant que cela d’éviter un délit ou un crime d’être commis. C’est pourtant un peu ça qui avait été vendu par Christian Estrosi ces dernières années, avant que son avis ne change, comme on a pu l’entendre durant le débat de lundi soir.

En 2015, après les attaques de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher, le maire avait ainsi déclaré que « [à Nice, il y a] 999 caméras, et une caméra pour 343 habitants. À Paris, il y en a une pour 1.532. »

« Je suis à peu près convaincu que si Paris avait été équipée du même réseau que le nôtre, les frères Kouachi n’auraient pas passé trois carrefours sans être neutralisés et interpellés. »

M. Estrosi expliquait donc à ses administrés en 2015 que les caméras de surveillance peuvent avoir une conséquence sur le déroulement d’un attentat, en empêchant notamment aux terroristes de pouvoir s’enfuir et/ou de poursuivre leurs actions.

Des « caméras partout qui ne nous protègent pas »

Ces propos lui ont été également reprochés par la candidate de gauche à la mairie de Nice Mireille Damiano.

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L’avocate, dont la campagne est soutenue notamment par la France insoumise et le PCF, a ainsi décrit la capitale azuréenne comme étant le « pire laboratoire sécuritaire de France » avec des « caméras partout qui ne nous protègent pas. »

La position de M. Estrosi avait été remise en cause durant l’attentat de la Promenade des Anglais en 2016. Le camion du terroriste avait pu effectuer en toute quiétude une dizaine de repérages sur les lieux les jours précédant le drame, sans que son comportement suspect ne soit repéré par la vidéo-surveillance.

Une efficacité relative?

Dévoilée fin janvier, une étude menée le chercheur grenoblois Guillaume Gormand remet d’ailleurs fortement en cause l’efficacité réelle des caméras : « l’ensemble des données collectées et leur interprétation permettent de dénoncer les illusions d’effets dissuasifs de caméras installées sur l’espace public, les phénomènes de déplacements géographiques de délinquance, ou encore les propensions rassurantes de tels dispositifs pour la population. »

« Plus généralement, nous avons pu démontrer l’absence de modifications de comportements ou de ressentis des usagers d’un espace public, induites par l’installation ou la présence de caméras de surveillance. »

« Ce n’est malheureusement pas par son impact sur la délinquance et la criminalité que cette technologie s’est démarquée, mais par la charge symbolique forte qu’elle véhicule » ajoute-t-il en conclusion de ce rapport.

Championne toute catégorie, la ville de Nice domine le classement de ces dispositifs avec 2.666 caméras installées, soit 771 pour 100.000 habitants.

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Diplômé de l'EDJ Nice, promotion Marc-Olivier Fogiel (journalisme, informations générales). Enquêtes et articles société chez Nice-Matin, Var-matin et Monaco-matin 2018-2019. Commentateur invité chez L'Obs de 2014 à 2016 (extrême droite, médias). Contact: clement@rivieractu.com

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