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À Nice, cet incendiaire «Journal des municipales» qui cache bien son jeu

L’équipe de campagne de Philippe Vardon lance, sans l’assumer, un tabloïd dénigrant la municipalité et les autres candidats à l’élection niçoise, au mépris de toute transparence et des standards journalistiques.

Une du "JDM" en octobre 2019. Montage Rivieractu

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DÉCRYPTAGE — Un nouveau journal gratuit à Nice, super !

En plus de CNews et de 20 minutes, les Niçois peuvent depuis quelques jours découvrir un autre titre, Le journal des municipales, pour ne rien rater de la campagne qui s’ouvre.

Sauf que cette nouvelle publication relève plus de la propagande électorale que d’un réel travail journalistique, avec des procédés qui ne relèvent pas du plus grand respect de la déontologie.

Le journal est distribué un peu partout dans Nice ces derniers jours, près du tram’ ou dans les bars de la ville.

🗞 Le Journal des municipales était distribué ce matin dans toute la ville.

A la Une de ce premier numéro :
👉 #Estrosi, 12 ans déjà, le VRAI bilan !

A retrouver en ligne ici ➡️ https://t.co/s1KDFhLLWM#Nice06 #Municipales2020 pic.twitter.com/oBGsm677KD

— 🗞Le journal des municipales (@JDM_Nice2020) October 29, 2019

A la Une pour son premier numéro, le JDM se propose de tirer le « vrai bilan » de Christian Estrosi, entre une « dette hors contrôle (sic) », des « compromissions avec l’islamisme » et une « ville qui perd son âme ». Vaste programme.

Dans cette période où nombre d’élections ont été marquées par les « fake-news » (Trump aux États-Unis, le Brexit, la présidentielle française de 2017, entre autres), les lecteurs veulent de plus en plus, légitimement, savoir qui écrit dans les journaux qu’ils lisent, qui les dirigent, qui les financent, et comment tout cela est organisé.

Pour le JDM, il faut avoir de bons yeux. Les articles, même quand ils expriment un parti-pris, ne sont pas signés.

Il n’y a pas non plus de directeur de la publication d’indiqué, ce qui est pourtant une obligation légale pour tout « journal »… mais le JDM n’en est peut-être pas réellement un.

Même si on ne trouve aucun nom, on peut voir, perdu en bas et en tout petits caractères (p.7) la mention « ce Journal des Municipales est édité par l’AFEPV2020 dans le cadre des élections municipales à Nice ».

Un sigle barbare vu comme ça, qui signifie tout simplement… « Association de financement électoral Philippe Vardon 2020 ».

Ce vrai-faux journal aux allures de prospectus politique est donc financé directement par le fonds de soutien à la campagne du candidat Rassemblement national Philippe Vardon, sans que son lecteur n’en soit réellement informé.

 

Maintenant que les présentations sont faites, de quoi parle-t-il, ce Journal des municipales ?

Dans ses premières pages, le JDM (consultable en ligne ici) propose des « brèves de campagne », qui, en résumé, servent à balancer des tacles à tous les candidats sauf à… Philippe Vardon.

Christian Estrosi, englué dans les dysfonctionnements du nouveau schéma des transports publics ferait une « rentrée dans le chaos », les socialistes « dans la division », rentrée difficile aussi pour Cédric Roussel, le député « élu par accident en 2017″…

Au milieu de ce paysage apocalyptique, une jolie photo du candidat RN et des tirades dithyrambiques qui feraient passer les journaux de la Corée du Nord pour le Washington Post.

« Vardon multiplie les initiatives (…) et les succès », il « crée l’évènement »… N’en jetez plus, la cour est pleine.

Le JDM avance masqué

Là encore, si la presse engagée (ou d’opinion) ne pose aucun problème et relève de la tradition en France, le JDM avance masqué en ne précisant pas que la publication n’est pas un vrai journal, en ne signant rien, en n’avertissant pas sur la nature de son financement politique, et en présentant des informations sans contradicteurs, parfois réelles mais toujours orientées.

« Le journal s’inscrit dans une dimension journalistique tant dans la forme que dans le fond, s’attachant à la rigueur de l’information et des sources. Il est appuyé par une équipe de journalistes et d’anciens journalistes » défend auprès de Rivieractu l’équipe de campagne du candidat RN.

Les standards de la profession ne sont pourtant pas non plus respectés concernant l’iconographie. Si Philippe Vardon est présenté sous son meilleur jour, les choix de photos de ses opposants sont plus discutables.

Là encore, un biais pernicieux pour discréditer l’adversaire.

ENQUÊTE. À Nice, cet incendiaire "Journal des municipales" qui cache bien son jeu

Le Journal des municipales égrène ensuite dans un long dossier consacré à la municipalité Estrosi une série de reproches… sans aucun équilibre.

Là encore, pas de respect des codes journalistiques, puisque tout est présenté à charge et que personne du côté de la Ville n’a semble-t-il été invité à donner son point de vue ou à se défendre dans les colonnes du « journal ».

Le JDM liste donc les « territoires perdus de Nice » (Les Moulins, L’Ariane, Vernier-Trachel, entre autres), marqués par les « trafics en tout genre » et le « prosélytisme jihadiste (sic) ». Dans cet article-ci, visiblement aucun travail de terrain, pas de témoignages d’habitants, de policiers, de la municipalité… rien.

 

Des « experts » très orientés

Comme tout bon journal, la publication qui nous intéresse interviewe des experts pour décrypter des sujets complexes.

Sauf que là encore, ça coince.

Pour dénoncer la gestion des deniers publics de Christian Estrosi (celle d’Eric Ciotti au département est elle aussi pointée du doigt au fil des pages), on trouve un entretien avec Robert Ripoll, présenté comme un « expert comptable » ayant exercé « des responsabilités syndicales départementales ».

Au delà du fait que cet interview ne décrypte pas grand-chose, le JDM ne précise pas du tout que ce fameux Robert Ripoll a été nommé patron du Front national à Nice en 2014. On fait plus indépendant, comme expert des comptes publics.

Un autre article reprend l’accusation de Philippe Vardon selon laquelle la Ville cautionnerait et hébergerait des mosquées radicales.

Des mosquées radicales sciemment hébergées par la Ville?

Abdelkader Sadouni, présenté dans un article comme un « imam radical du quartier des Moulins » (et dont le lieu de travail a été pris en photo et l’adresse publiée) « se réserve le droit d’agir et de saisir la justice », d’après une communication publiée sur Facebook.

Dans un communiqué, le conseiller municipal de la majorité Gaël Nofri a dénoncé un « matraquage de désinformations, de contre-vérités et de caricatures ».

Gael Nofri Philippe Vardon et Jean d’Alembert ne sont pas dans un bateau mais dans ce communiqué à propos du « Journal des Municipales » distribué par le #RN à Nice #Nice06 pic.twitter.com/ggNUDndCrv

— Nice Actualités NRV 😎🦇 (@actualites_nrv) October 30, 2019

Anthony Borré, le directeur de cabinet de Christian Estrosi, a dénoncé une « fake campagne » dans la foulée de la publication de notre enquête.

A la manière du « tabloïd trash » publié par le maire de Béziers Robert Ménard, le « JDM » azuréen présente lui aussi toutes ses infos sur un ton sensationnaliste et orienté.

Aux États-Unis, on assiste également à un développement de sites Internet qui se présentent comme des médias d’investigation et d’information locale, alors qu’ils sont créés pour diffuser une vision d’extrême-droite de la société sans rien respecter du travail des journalistes (lire à ce sujet cette enquête de Politico, en anglais).

MÀJ 01/11 : Ajout des précisions de Philippe Vardon

Diplômé de l'EDJ Nice, promotion Marc-Olivier Fogiel (journalisme/informations générales). Enquêtes et articles société chez Nice-Matin, Var-matin et Monaco-matin 2018-2019. Commentateur invité chez L'Obs de 2014 à 2016 (extrême-droite, médias). Contact: clement@rivieractu.com

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Retraites : combien nous coûtent les anciens présidents de la République ?

Alors qu’Emmanuel Macron a annoncé ce week-end qu’il renonce à sa future retraite de président de la République, avec quels moyens vivent les anciens chefs de l’Etat ? On fait le point.

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Nos "exs" coûteraient aujourd’hui 860.000 euros net par an au niveau de ces frais, auxquels il faut ajouter 1.300.000 euros de frais pour assurer leur sécurité. Cela porte le total à environ... 2.160.000 euros chaque année à la charge du contribuable. - Photo : Kremlin

ARGENT PUBLIC — Certains diront que c’est un coup de communication. D’autres qu’il est généreux. L’annonce d’Emmanuel Macron va forcément faire beaucoup parler autour de vos prochains repas de Noël…

Le président de la République a assuré qu’il refuserai de toucher sa retraite d’ancien chef de l’État. S’il vit jusqu’à 100 ans, il pourrait faire économiser plus de quatre millions d’euros aux caisses de l’État. Mais combien coûtent aujourd’hui les Sarkozy, Hollande and co ?

De nombreux avantages

Grâce à la loi du 3 avril 1955, les anciens présidents de la République bénéficient d’une très belle retraite. À l’heure actuelle, François Hollande, Nicolas Sarkozy ou encore Valéry Giscard d’Estaing touchent 6.220 euros brut par mois soit environ 5.200 euros net de retraite.

En plus de cela, ils ont la chance de pouvoir voyager gratuitement avec la SNCF et Air France. C’est tout ? Évidemment que non, les anciens chefs de l’État ont le droit à un appartement de fonction, un véhicule avec chauffeur et sept collaborateurs dans les cinq ans suivant leur départ de l’Élysée (puis leur nombre passe à trois).

Nos « exs » coûteraient aujourd’hui 860.000 euros net par an au niveau de ces frais, auxquels il faut ajouter 1.300.000 euros pour assurer leur sécurité.

Cela porte le total à environ… 2.160.000 euros chaque année à la charge du contribuable.

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Philippe Vardon (RN) accuse le maire de Nice Christian Estrosi de « violation du code électoral »: ce que l’on sait

Philippe Vardon (RN) accuse le maire sortant de mobiliser les moyens de la Ville pour sa campagne, pouvant ainsi « nuire à la sincérité du scrutin des élections municipales ». Du côté de Christian Estrosi (qui n’est pas candidat à l’heure actuelle), on balaie des « accusations vides de sens ».

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Après les accusations de Philippe Vardon et cette triple saisine, Christian Estrosi et son équipe vont-ils modifier leur calendrier? "Pas du tout" dément-on du côté de l'Hôtel de ville. "La vie municipale ne s'arrête pas parce que la campagne de certains a commencé" - Photos candidats, montage Rivieractu.

MUNICIPALES 2020 — Le combat commence. On savait que la lutte serait rude entre les deux candidats, on ne se doutait peut-être pas qu’elle prendrait cette tournure avant même que Christian Estrosi ne se lance dans la course.

Conférence de presse tôt ce matin. Arguments coup de poing et discours scandalisé : le Rassemblement national dénonce des « éléments particulièrement graves » de nature à « perturber l’élection ». Le procureur, le préfet, et la Commission des comptes de campagne sont saisis. Quels sont les faits reprochés ?

Pourquoi toutes ces inaugurations?

Philippe Vardon dénonce une « véritable frénésie d’inaugurations ». Document à l’appui, le conseiller régional RN parle de « 5 fois plus » de cérémonies données par le premier magistrat de la ville si on compare la période septembre-décembre de cette année à celle de l’an passé.

Pour le parti frontiste, pas de doute : Christian Estrosi a fait exprès de programmer ces évènements au début de la campagne pour servir son message et ainsi profiter des moyens de la Ville sans que ça ne soit comptabilisé dans ses comptes de campagne. Le candidat RN a saisi le procureur et la Commission du financement de la vie politique sur le sujet, bien qu’ils ne soient pas compétents pour agir à ce stade là de la campagne, si l’on se réfère aux lois relatives aux périodes électorales.

« Ça n’a aucun sens, tout simplement parce que M. Vardon ne connaît rien à la gestion de la vie municipale » réplique le cabinet du maire, ce dernier n’étant d’ailleurs pas (encore) candidat à sa réélection. « Les dates des inaugurations sont connues à l’avance, dans un calendrier précis disponible des semaines à l’avance ».

Pour le camp Estrosi, sollicité par Rivieractu, il n’y a pas eu de volonté de décaler certains évènements pour qu’ils se déroulent pendant la campagne : « Vous vous doutez bien que ça n’est pas dans notre intérêt de faire traîner la mise en service de services attendus et utiles à tous les Niçois. Prenez seulement l’inauguration de l’arrivée du tramway au Port : on aurait évidemment bien aimé qu’elle se fasse plus tôt si cela avait été possible ! »

Quelle implication a l’équipe municipale dans la campagne?

Dans le courrier du Rassemblement national adressé au procureur de la République, document que nous avons pu consulter, Philippe Vardon pointe un autre « mélange des genres » : « Depuis des semaines, ses principaux adjoints arpentent la ville, tracts à la main, dans des opérations de porte-à-porte auprès des habitants pour vanter son bilan (…). Des membres du cabinet du maire ou des chargés de mission accompagnent d’ailleurs les élus lors de ces opérations, la confusion des genres régnant là aussi. » 

R.A.S. là encore pour le cabinet du maire : « Il n’y a rien de surprenant à ce que certains membres de l’équipe municipale soutiennent l’action menée. Les règles sont intangibles : lorsqu’ils manifestent ce soutien, en assistant à des réunions ou en participant à des opérations de tractage, ils le font sur leur temps libre, à titre d’activité bénévole qui relève de leur vie personnelle. »

Après les accusations de Philippe Vardon et cette triple saisine, Christian Estrosi et son équipe vont-ils modifier leur calendrier? « Pas du tout » dément-on du côté de l’Hôtel de ville. « La vie municipale ne s’arrête pas parce que la campagne de certains a commencé. Le maire est au travail, et il le sera jusqu’au bout. Et c’est le cas pour toute l’équipe qui l’entoure ».

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Voici les deux thématiques cruciales qui seront au coeur des municipales 2020

À un peu plus de trois mois des élections municipales, un sondage Odoxa commandé par franceinfo: détaille les principales attentes des administrés concernant leur prochain maire. Sans surprise, la protection de l’environnement et le maintien de la sécurité seront les principaux combats que devront mener les futurs élus.

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Une majorité de Français voient en leur maire un garant efficace de leur sécurité. Une information à mettre en lien avec la hausse perpétuelle du nombre de caméras de surveillance installées dans les différentes communes de l’Hexagone.  - Photo : Metronews Toulouse, à titre d'illustration.

MUNICIPALES 2020 — 77% des Français considèrent que « les maires ont le pouvoir d’agir efficacement sur la sécurité des biens et des personnes ». Le résultat des élections municipales (15 et 22 mars prochain) sont donc très attendus.

D’après un sondage réalisé par Odoxa, institut partenaire de France Info, de France Bleu et du journal Le Télégramme, les principales inquiétudes des Français concernent la sécurité et l’environnement, comme c’est notamment le cas à Nice.

Deux sujets essentiels qui sont présents dans respectivement 47 et 33% des réponses à ce sondage.

De plus en plus d’investissements pour la sécurité ?

Une majorité de Français voient en leur maire un garant efficace de leur sécurité. Une information à mettre en lien avec la hausse perpétuelle du nombre de caméras de surveillance installées dans les différentes communes de l’Hexagone.

88% des personnes interrogées sont aussi favorables au fait « d’autoriser les forces de l’ordre à pénétrer dans les halls d’immeubles. » 

Toujours d’après ce sondage, les administrés sont aussi sensibles à l’environnement : 77% d’entre eux pensent que « les maires ont le pouvoir d’agir sur l’environnement et la lutte contre la pollution. » 

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