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ENQUÊTE. À Nice, cet incendiaire "Journal des municipales" qui cache bien son jeu

ENQUÊTE. A Nice, cet incendiaire "Journal des municipales" qui cache bien son jeu
Une du "JDM" en octobre 2019. Montage Rivieractu

L'équipe de campagne de Philippe Vardon lance, sans l'assumer, un tabloïd dénigrant la municipalité et les autres candidats à l'élection niçoise, au mépris de toute transparence et des standards journalistiques.

DÉCRYPTAGE — Un nouveau journal gratuit à Nice, super !

En plus de CNews et de 20 minutes, les Niçois peuvent depuis quelques jours découvrir un autre titre, Le journal des municipales, pour ne rien rater de la campagne qui s'ouvre.

Manipulations de la presse: danger sur l'élection à Nice

Sauf que cette nouvelle publication relève plus de la propagande électorale que d'un réel travail journalistique, avec des procédés qui ne relèvent pas du plus grand respect de la déontologie.

Le journal est distribué un peu partout dans Nice ces derniers jours, près du tram' ou dans les bars de la ville.


A la Une pour son premier numéro, le JDM se propose de tirer le "vrai bilan" de Christian Estrosi, entre une "dette hors contrôle (sic)", des "compromissions avec l'islamisme" et une "ville qui perd son âme". Vaste programme.

Dans cette période où nombre d'élections ont été marquées par les "fake-news" (Trump aux États-Unis, le Brexit, la présidentielle française de 2017, entre autres), les lecteurs veulent de plus en plus, légitimement, savoir qui écrit dans les journaux qu'ils lisent, qui les dirigent, qui les financent, et comment tout cela est organisé.

"Valeurs actuelles" et la fable du "mariage secret de Christian Estrosi à la synagogue"

Pour le JDM, il faut avoir de bons yeux. Les articles, même quand ils expriment un parti-pris, ne sont pas signés.

Il n'y a pas non plus de directeur de la publication d'indiqué, ce qui est pourtant une obligation légale pour tout "journal"... mais le JDM n'en est peut-être pas réellement un.

Même si on ne trouve aucun nom, on peut voir, perdu en bas et en tout petits caractères (p.7) la mention "ce Journal des Municipales est édité par l'AFEPV2020 dans le cadre des élections municipales à Nice".

Un sigle barbare vu comme ça, qui signifie tout simplement... "Association de financement électoral Philippe Vardon 2020".

Philippe Vardon (RN): «À Nice, les jeunes Français sont minoritaires parmi les immigrés dans certains quartiers»

Ce vrai-faux journal aux allures de prospectus politique est donc financé directement par le fonds de soutien à la campagne du candidat Rassemblement national Philippe Vardon, sans que son lecteur n'en soit réellement informé.



Maintenant que les présentations sont faites, de quoi parle-t-il, ce Journal des municipales ?

Dans ses premières pages, le JDM (consultable en ligne ici) propose des "brèves de campagne", qui, en résumé, servent à balancer des tacles à tous les candidats sauf à... Philippe Vardon.

Christian Estrosi, englué dans les dysfonctionnements du nouveau schéma des transports publics ferait une "rentrée dans le chaos", les socialistes "dans la division", rentrée difficile aussi pour Cédric Roussel, le député "élu par accident en 2017"...

Au milieu de ce paysage apocalyptique, une jolie photo du candidat RN et des tirades dithyrambiques qui feraient passer les journaux de la Corée du Nord pour le Washington Post.

"Vardon multiplie les initiatives (...) et les succès", il "crée l'évènement"... N'en jetez plus, la cour est pleine.

Le JDM avance masqué

Là encore, si la presse engagée (ou d'opinion) ne pose aucun problème et relève de la tradition en France, le JDM avance masqué en ne précisant pas que la publication n'est pas un vrai journal, en ne signant rien, en n'avertissant pas sur la nature de son financement politique, et en présentant des informations sans contradicteurs, parfois réelles mais toujours orientées.

"Le journal s'inscrit dans une dimension journalistique tant dans la forme que dans le fond, s'attachant à la rigueur de l'information et des sources. Il est appuyé par une équipe de journalistes et d'anciens journalistes" défend auprès de Rivieractu l'équipe de campagne du candidat RN.

Les standards de la profession ne sont pourtant pas non plus respectés concernant l'iconographie. Si Philippe Vardon est présenté sous son meilleur jour, les choix de photos de ses opposants sont plus discutables.

Là encore, un biais pernicieux pour discréditer l'adversaire.

ENQUÊTE. À Nice, cet incendiaire "Journal des municipales" qui cache bien son jeu

Le Journal des municipales égrène ensuite dans un long dossier consacré à la municipalité Estrosi une série de reproches... sans aucun équilibre.

Là encore, pas de respect des codes journalistiques, puisque tout est présenté à charge et que personne du côté de la Ville n'a semble-t-il été invité à donner son point de vue ou à se défendre dans les colonnes du "journal".

Le JDM liste donc les "territoires perdus de Nice" (Les Moulins, L'Ariane, Vernier-Trachel, entre autres), marqués par les "trafics en tout genre" et le "prosélytisme jihadiste (sic)". Dans cet article-ci, visiblement aucun travail de terrain, pas de témoignages d'habitants, de policiers, de la municipalité... rien.

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Des "experts" très orientés

Comme tout bon journal, la publication qui nous intéresse interviewe des experts pour décrypter des sujets complexes.

Sauf que là encore, ça coince.


Pour dénoncer la gestion des deniers publics de Christian Estrosi (celle d'Eric Ciotti au département est elle aussi pointée du doigt au fil des pages), on trouve un entretien avec Robert Ripoll, présenté comme un "expert comptable" ayant exercé "des responsabilités syndicales départementales".

Au delà du fait que cet interview ne décrypte pas grand-chose, le JDM ne précise pas du tout que ce fameux Robert Ripoll a été nommé patron du Front national à Nice en 2014. On fait plus indépendant, comme expert des comptes publics.

Un autre article reprend l'accusation de Philippe Vardon selon laquelle la Ville cautionnerait et hébergerait des mosquées radicales.

Des mosquées radicales sciemment hébergées par la Ville?

Abdelkader Sadouni, présenté dans un article comme un "imam radical du quartier des Moulins" (et dont le lieu de travail a été pris en photo et l'adresse publiée) "se réserve le droit d'agir et de saisir la justice", d'après une communication publiée sur Facebook.

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Dans un communiqué, le conseiller municipal de la majorité Gaël Nofri a dénoncé un "matraquage de désinformations, de contre-vérités et de caricatures".


Anthony Borré, le directeur de cabinet de Christian Estrosi, a dénoncé une "fake campagne" dans la foulée de la publication de notre enquête.

A la manière du "tabloïd trash" publié par le maire de Béziers Robert Ménard, le "JDM" azuréen présente lui aussi toutes ses infos sur un ton sensationnaliste et orienté.

Aux États-Unis, on assiste également à un développement de sites Internet qui se présentent comme des médias d'investigation et d'information locale, alors qu'ils sont créés pour diffuser une vision d'extrême-droite de la société sans rien respecter du travail des journalistes (lire à ce sujet cette enquête de Politico, en anglais).

MÀJ 01/11 : Ajout des précisions de Philippe Vardon

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