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Sur l'immigration, la grande "foire aux intox" d'Éric Ciotti

Sur l'immigration, la grande foire aux intox d'Éric Ciotti
Photo : LR

Le député LR de Nice base une partie de son argumentaire en matière de politique d’immigration sur certains chiffres invérifiables ou erronés.

"Je porte un regard sévère" sur la "politique inquiétante (du gouvernement)" taclait Éric Ciotti dans le "Figaro" la semaine dernière. "A ce rythme, en cinq ans, Emmanuel Macron aura laissé entrer deux millions d'immigrés légaux dans notre pays. C'est une pure folie"


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2 millions de nouveaux étrangers en France, en 5 ans. La totalité de la population de la Slovénie, en somme.

Bon, regardons de plus près ce calcul d'Éric Ciotti (spoiler : il n'est pas bon du tout).

Des données qu'on ne peut pas additionner 

Nul besoin d'extrapoler, le député LR des Alpes-Maritimes a déjà développé son mode de calcul chez Jean-Jacques Bourdin (BFMTV) en janvier dernier : "L’année dernière, il est presque entré de façon légale 380.000 étrangers en France, si on additionne les 255.000 entrées légales [titres de séjour] et les 120.000 demandes d’asile". 


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Ce qui ferait bien, dans l'absolu, 1.900.000 personnes à la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron, si on ramène ce chiffre sur cinq ans. Sauf qu'additionner ces "données", ça n'est pas possible du tout.

En 2018, 250.550 premiers titres de séjour (admissions au séjour) ont été délivrés.

82.580 d’entre eux ont été accordés à des étudiants étrangers, qui n'ont pas vocation à rester dans le pays (plus de 100.000 jeunes Français sont dans le même temps étudiants ou en stage d'études à l'étranger).

Ensuite, ces fameuses "120.000 demandes d'asile". Déjà, ça n'est pas parce qu'un étranger demande à devenir Français ou à entrer sur le territoire qu'on lui tend les bras. Seul un tiers des demandes d'asile sont acceptées, et encore, cela dépend des années.

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Avant qu’une demande d’asile soit acceptée, on peut se voir délivrer un titre de séjour. On pourrait donc compter deux fois les mêmes personnes dans le calcul des entrées sur le territoire (si on additionne les titres de séjours et les demandes d'asile), comme le relève "Libération".

Pareil, on ne peut pas additionner tous les étrangers qui arrivent sur une année pour faire un bilan sur 5 ans, il n'y aura pas forcément le même nombre d'entrées en continu.

Et surtout, sans préciser que pour tel nombre d'étrangers qui arrivent en France notamment via des titres de séjours, il y a tous ceux qui partent (les étudiants qui ont fini leurs études, les gens dont le titre de séjour arrive à expiration, etc.)

En 2015 — dernière année pour laquelle l’INSEE a publié des données détaillées — on comptait par exemple 253.000 entrées et 79.000 départs, soit un solde positif de 174.000 personnes.

On ne peut pas non plus additionner tous les titres de séjour ensemble… parce qu'on ne sait pas du tout sur quelle durée autorisée ils courent. Sur un chiffre X de titres de séjour délivrés chaque année, ils ont des durées de permission de présence sur le territoire différentes (1 mois, plusieurs années…). Par exemple, sur 100.000 titres en une année, certains peuvent autoriser un étranger à rester deux mois en France, un autre trois ans, d’où l’impossibilité de cumuler sur plusieurs années le nombre de titres de séjour pour en tirer une estimation du nombre d’arrivées d’étrangers sur 5 ans.

Un calcul pas bon... et d'autres infos bancales

Le calcul d'Éric Ciotti est donc très approximatif, puisqu'il cumule des chiffres gonflés et des données qui n'ont rien à voir les unes avec les autres.

Le "monsieur-sécurité" des Républicains n'en est pas à son coup d'essai dans les infos bancales concernant l'immigration.

Dans le même entretien accordé à Jean-Jacques Bourdin en janvier, Éric Ciotti lance par exemple qu'il y aurait "entre 300.000 et 500.000" étrangers en situation irrégulière pour le seul département de la Seine-Saint-Denis.

Déjà, sacrée fourchette. Et d'où provient ce chiffre ? D’un rapport parlementaire publié en mai 2018 par les députés François Cornut-Gentille (LR) et Rodrigue Kokouendo (LREM). Il n’a donc rien d’officiel, et il n’est pas reconnu comme tel.

Par définition, il reste très complexe d’estimer le nombre de sans-papiers en France. D'ailleurs, Eric Ciotti reprend dans le même mois ce chiffre de 500.000 pour le nombre de clandestins... dans toute la France (chez "Valeurs actuelles").

On ne développera pas non plus les réserves du député LR sur le fameux pacte de Marrakech, qui allait - selon lui - "nous imposer de fournir aux migrants les mêmes droits à la sécurité sociale et aux services sociaux" parce que cela se basait sur une déclaration d'intention très floue et non-contraignante de l'ONU (en gros, la France a validé le texte mais elle n'a aucune obligation d'en appliquer les valeurs, ce qu'elle n'a d'ailleurs pas tellement fait).

Le vrai danger, quand on parle de "bilan terrifiant sur l'immigration", de "chaos migratoire à venir", est d'instiller entre les gens un climat de défiance qui peut fracturer la société. D'autant plus dommage quand les chiffres sur lesquels on se base pour cela ne sont, pour une partie, pas bons du tout.

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